L’Unaf a rencontré le Ministre de la Ville et du Logement
Le lundi 2 février 2026, l’Unaf a rencontré Vincent Jeanbrun, ministre de la Ville et du Logement, accompagné de Ludovic Roy, Conseiller construction, rénovation énergétique, parc privé et social, dans un contexte de crise durable du logement, dont les effets se font directement sentir sur la natalité, le pouvoir d’achat, les parcours résidentiels et les projets de vie des familles. Cet échange s’est également inscrit dans le cadre des réflexions engagées autour d’un nouvel acte de la décentralisation.
La délégation de l’Unaf, était composée de Bernard Tranchand, Président, Marie-Josée Balducchi, administratrice en charge du logement, Guillemette Leneveu, Directrice Générale, et Marilia Mendes, coordonnatrice du pôle Habitat et Cadre de vie.

Premier poste de dépense des ménages et condition déterminante de la réalisation des projets familiaux, le logement constitue un pilier central de la politique familiale. L’Unaf a réaffirmé la nécessité de renforcer une politique du logement ambitieuse, cohérente et territorialisée, en particulier en direction des familles, des plus vulnérables aux classes moyennes, et capable de répondre aux besoins à chaque étape de la vie, de l’accès au premier logement jusqu’au vieillissement.
Une telle politique doit agir sur l’ensemble de la chaine du logement, afin de sécuriser les parcours résidentiels, de préserver le pouvoir d’achat des familles et de leur permettre de se projeter durablement notamment dans leurs projets parentaux.
L’Unaf a salué la volonté du Gouvernement de faire de la question du logement une priorité et de reconnaître son caractère d’urgence. Les échanges ont permis d’aborder les orientations actuellement portées par le ministère, et les attentes de l’Unaf :
La baisse de la natalité en France ne traduit pas un recul du désir d’enfant. Elle résulte largement d’arbitrages contraints, au premier rang desquels les difficultés d’accès à un logement stable, abordable et adapté à la vie familiale. Pour de nombreux ménages, le projet d’avoir un enfant est aujourd’hui conditionné à la possibilité de changer de logement, de disposer d’une pièce supplémentaire ou de maîtriser durablement leur budget logement. Dans un contexte de loyers élevés, de pénurie de logements familiaux et d’attente prolongée dans le parc social, ces conditions sont de plus en plus difficiles à réunir.
Pour l’Unaf, le logement constitue un déterminant majeur des choix de vie. Tant que les politiques du logement ne permettront pas aux familles de se projeter sereinement, les politiques de soutien à la natalité resteront fragilisées. Permettre aux familles de se loger, c’est leur permettre de construire leurs projets de vie.
L’Unaf a rappelé le rôle central des aides personnelles au logement (APL) dans la politique familiale et exprimé de fortes inquiétudes quant à leur intégration dans le cadre du projet de loi sur l’Allocation sociale unique (ASU).
Accordées sous conditions de ressources et modulées en fonction de la composition familiale, les APL constituent un outil majeur de soutien au pouvoir d’achat des familles. Elles permettent de réduire le taux d’effort lié au logement, de faciliter l’accès à un logement adapté et d’en assurer le maintien en cas de difficultés financières. Par leur réactivité et leur caractère ciblé, elles jouent un rôle de filet de sécurité, contribuant à prévenir les impayés et les ruptures résidentielles. L’Unaf souligne que les APL répondent à une dépense contrainte et structurante dans le budget des ménages et qu’elles ne peuvent être assimilées à une aide sociale générique sans risque de dilution de leur finalité. Leur intégration dans une aide unique fondée sur une base de ressources commune fait craindre une perte de spécificité, une moindre lisibilité pour les familles et, potentiellement, une baisse des montants versés, avec des conséquences directes sur la stabilité résidentielle des ménages modestes et des familles avec enfants.
Pour l’Unaf, le logement ne peut être traité comme une dépense parmi d’autres. Il appelle des réponses dédiées, stables et prévisibles, afin de sécuriser les parcours résidentiels et d’éviter une aggravation des situations de précarité. Affaiblir les APL, c’est fragiliser l’équilibre budgétaire et la stabilité résidentielle de millions de familles.
À ce titre, l’Unaf appelle à une vigilance particulière afin que toute évolution du dispositif préserve la fonction protectrice et redistributive des APL au service des familles.
La question du logement des jeunes constitue aujourd’hui un sujet de préoccupation pour les familles, qu’il s’agisse des étudiants, des jeunes en recherche d’emploi, ou des jeunes actifs. La flambée des prix, la raréfaction de l’offre locative pèsent fortement sur les parcours résidentiels, les garanties et reportent durablement la charge financière sur les parents, dans un contexte d’allongement des études. Faute de solutions accessibles, de nombreux jeunes sont contraints de prolonger la cohabitation familiale ou de dépendre durablement du soutien financier de leurs proches. Cette situation accentue les inégalités entre familles et met sous tension les solidarités familiales. L’Unaf défend une approche globale du logement des jeunes et soutient les réflexions engagées par le Ministre, visant à développer des solutions de « logement jeune », mieux adaptées aux transitions entre études et entrée dans la vie active, tout en restaurant la confiance des bailleurs et des investisseurs afin de garantir une offre abordable et sécurisée.
L’accession à la propriété demeure, pour de nombreuses familles, un objectif de sécurisation résidentielle. Elle permet de stabiliser les parcours de vie, de sécurisation des parcours de vie et de projection dans l’avenir, en particulier pour les jeunes parents. L’Unaf souhaite que cette dimension, soit pleinement intégrée à la stratégie de relance du logement aux côtés de la production locative, d’autant plus que, sur certains territoires, elle constitue parfois la seule solution de logement. Les dispositifs de soutien à l’accession, tels que le Prêt à taux zéro, sont à ce titre déterminants pour permettre aux ménages et notamment aux jeunes familles avec enfants de prendre ce risque, dans des conditions sécurisées, alors même que l’accès à la propriété devient de plus en plus difficile à des âges jeunes et tend à être repoussé toujours plus tardivement. La création d’un PTZ « Familles » pour les primo-accédants modestes, ainsi que le rétablissement de l’APL-accession pour renforcer leur solvabilisation, constitueraient des leviers concrets. Par ailleurs soutenir l’accession suppose aussi d’anticiper les fragilités, notamment face à la hausse des charges de copropriété et aux accidents de la vie, qui peuvent entraîner des impayés et un risque de perte du logement. Ces situations doivent être intégrées aux dispositifs de prévention, avec un accompagnement précoce de ces familles.
L’Unaf constate également une fragilisation croissante des ménages qui travaillent, notamment des classes moyennes et intermédiaires. À travers ses actions d’accompagnement social et budgétaire, notamment dans le cadre de son partenariat avec Action Logement, les Udaf observent que, pour de nombreux salariés, le paiement du loyer et des charges devient de plus en plus difficile à assumer, face à des coûts du logement élevés et à des exigences accrues de sécurisation des loyers, qui pèsent particulièrement sur les familles avec enfants.
L’Unaf a également interrogé le ministre sur les travaux en cours sur le projet de loi relatif à un nouvel acte de décentralisation, et notamment sur la question de l’autonomie et de l’habitat intermédiaire, prévoyant un rôle renforcé des départements comme chefs de file des politiques de l’autonomie et de l’habitat.
Dans ce cadre, les échanges ont permis de rappeler notamment que l’habitat inclusif constitue aujourd’hui une brique essentielle de la politique du logement. Ces réponses apportent des solutions concrètes à des publics aux besoins spécifiques, tout en s’inscrivant dans une logique de parcours résidentiels et de logement de droit commun. Leur développement suppose toutefois une meilleure sécurisation financière, notamment via l’Aide à la Vie Partagée, une clarification des cadres d’intervention et une articulation renforcée entre politiques sociales et politiques du logement, afin d’en garantir la pérennité et l’équité territoriale.
Le Ministre a réaffirmé son attachement à un modèle conciliant pilotage national et mise en œuvre au plus près des territoires, l’État conservant un rôle de stratège, fixant les orientations et les objectifs, tout en laissant des marges d’adaptation aux collectivités. Il a écarté toute logique de désengagement de l’État, et évoqué une volonté de stabiliser les dispositifs existants et de renforcer le lien avec le terrain. S’agissant du financement des départements, le ministre a évoqué une possible affectation d’une part de CSG, assortie d’objectifs contractualisés. Il a souligné le caractère structurant de certaines priorités nationales, notamment le « Logement d’abord » et le pilotage de l’aide à la pierre.
L’Unaf a appelé au maintien d’un cadre national garantissant l’égalité d’accès aux droits, a questionné les modalités de contractualisation avec les départements au regard de leur soutenabilité financière, et a réaffirmé la nécessité d’une ambition nationale forte en matière de logements abordables adaptés aux besoins des familles.
La situation des jeunes sortant de l’Aide sociale à l’enfance a également été mise en lumière. Particulièrement exposés aux ruptures de parcours résidentiels, ces jeunes nécessitent des solutions de logement accompagné adaptées, permettant un accès progressif à l’autonomie et des sorties durables vers le logement de droit commun, en particulier le parc social.
Le ministre s’est montré attentif à ces initiatives de terrain et a exprimé son intérêt pour aller à la rencontre des acteurs afin de mieux appréhender les dispositifs qui fonctionnent et les conditions de leur déploiement. À cette occasion, l’Unaf a présenté le dispositif d’habitat inclusif « Révélation », porté par l’Udaf de Loire-Atlantique, ainsi que le dispositif AJIL, dédié à l’accompagnement et au logement des jeunes sortant de l’Aide sociale à l’enfance, illustrant la capacité du réseau Unaf–Udaf à développer des réponses concrètes et articulées avec le droit commun.
La rencontre a également permis de rappeler le rôle central joué par le réseau Unaf–Udaf dans la prévention des impayés et des expulsions, à travers ses services d’accompagnement social et budgétaire (accompagnement lié au logement, Points Conseil Budget, mesures d’aide à la gestion du budget familial MJAGBF), mais aussi les mesures d’accompagnement des salariés en difficultés dans le cadre d’un partenariat avec Action logement, ainsi que sa participation active aux instances locales de gouvernance et de régulation du logement (Ccapex, commissions Dalo, commissions desurendettement, CCAS, conseils d’administration des offices publics de l’habitat).
Enfin, l’Unaf a alerté le ministre sur la hausse préoccupante de la sinistralité dans le logement, en particulier dans les territoires exposés au retrait-gonflement des argiles, au recul du trait de côte et aux inondations.
S’appuyant sur une enquête de son réseau, elle a souligné les conséquences pour les familles : dégradation du bâti, insécurité résidentielle, hausse des primes et développement de « zones blanches » d’assurance.
Le ministre s’est montré particulièrement intéressé par cette problématique, dont il a reconnu l’impact direct sur les parcours de vie des familles.
Constatant la raréfaction de l’offre assurantielle dans certains territoires, il s’est dit prêt à travailler avec l’Unaf afin d’identifier des solutions garantissant l’assurabilité des logements face aux risques climatiques.
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