Pauvreté, inégalités : quelles solutions pour prévenir ?
Une publication récente de l’Insee documente l’évolution de la pauvreté et des inégalités en France en 2023. Le taux de pauvreté a augmenté d'un point entre 2022 et 2023, soit 650 000 personnes de plus en un an. Comment agir pour prévenir ce basculement ? Jean-Philippe Vallat, directeur des politiques familiales à l’Unaf, décrypte les synergies possibles entre Udaf et CCAS.
Quelles sont les grandes tendances mises en évidence par l’Insee ? Comment les familles et
plus particulièrement celles avec enfants sont-elles touchées ?
Jean-Philippe Vallat : Le taux de pauvreté a augmenté en France en 2023 : il touche 15,4 % des personnes contre 14,4 % en 2022.
Ce qui alerte l’Unaf dans l’augmentation de la pauvreté constatée par l’Insee, c’est qu’elle touche particulièrement les enfants puisque 21,9 % sont pauvres en 2023 (contre 15,4 % de la population en moyenne), alors que ce n’était que 20,4 % en 2022. Cette situation s’explique notamment par la dégradation nette de la situation des familles monoparentales (34,3 % sont pauvres) et des familles nombreuses (25,8 % sont pauvres).
21,9 %des enfants
Si les aides financières sont indispensables, on constate qu’elles ne suffisent pas, puisque l’augmentation, en 2023, de 50 % de l’allocation de soutien familial, destinée aux familles monoparentales, n’a pas permis de stabiliser leur taux de pauvreté. La dégradation s’explique aussi fortement — selon l’Insee — par le décrochage de ces familles par rapport à l’emploi (périodes d’emploi plus courtes dans l’année, temps partiels de quotité plus faible).
Quelles possibilités de collaborations existent, au niveau local, entre Udaf et CCAS pour agir dans une logique de prévention de la pauvreté ?
Jean-Philippe Vallat : Face à cette situation dégradée, une coopération entre CCAS / CIAS et Udaf peut être une des solutions et peut s’appuyer sur deux leviers.
D’une part, la conciliation vie familiale – vie professionnelle qui est une des clefs pour un meilleur accès à l’emploi et donc aux revenus du travail, notamment pour les familles monoparentales et nombreuses. Les communes sont appelées à se saisir du service public de la petite enfance, domaine dont elles sont désormais les autorités organisatrices. Nous espérons qu’elles seront nombreuses à confier cette mission aux CCAS/ CIAS qui sont bien placés pour trouver des dynamiques avec les familles et les acteurs locaux.
Mais la question de l’accueil des enfants se pose bien au-delà de la petite enfance, au moins jusqu’aux 10 ans de l’enfant. Offrir des solutions d’accueil aux parents est une condition indispensable pour leur permettre de travailler.
Sur ce sujet, certaines Udaf et associations familiales sont en mesure d’offrir aux communes et intercommunalités des dispositifs innovants pour la petite enfance et au-delà : garderies itinérantes, relais petite enfance, offres de répit prioritairement pour les familles monoparentales, mais ouvertes à tous – à travers les « garderies solidaires », accueils de loisir… `
D’autre part, les Udaf constituent un réseau national d’accompagnement budgétaire et sont notamment le premier réseau de Points conseil budget labellisés. Il s’agit, à travers ces dispositifs, de prévenir la dégradation des situations budgétaires en travaillant sur les dépenses et les recettes, y compris sur l’accès aux droits des familles. Les CCAS / CIAS sont en première ligne face à la dégradation des situations financières, car c’est auprès d’eux que les familles vont se tourner en premier pour solliciter des soutiens. À l’exemple de certaines Udaf, une coopération plus forte entre CCAS et Udaf sur l’accompagnement des situations budgétaires difficiles — à travers des conventions — constitue une réponse préventive particulièrement adaptée.
Une convention Udaf 44-CCAS pour
développer des services aux familles
L’Udaf de Loire-Atlantique tient des permanences dédiées au conseil budgétaire dans 14 CCAS et une communauté de communes du département : une façon d’aller au plus près des publics tout en équilibrant le modèle économique du service d’accompagnement budgétaire de l’Udaf.
Une conseillère en économie sociale et familiale se déplace dans les locaux du CCAS avec lequel l’Udaf a conventionné. Lors de ces permanences, elle propose du conseil budgétaire, de l’accès au microcrédit, de l’accompagnement à la procédure de surendettement et des actions collectives. Chaque convention financière permet la tenue de 10 permanences par an.
Au-delà du développement de l’accompagnement budgétaire sur l’ensemble du territoire départemental, ces conventions permettent de mettre l’Udaf en lien avec les communes de taille moyenne et avec ses représentants familiaux en CCAS. Cet ancrage local est parfois utile pour le développement d’autres services. La prestation est parfois mutualisée entre plusieurs CCAS, ce qui permet un partage
des coûts entre collectivités.
En parallèle, l’Udaf propose également des conventions pour la venue sur les communes de son Bus d’accès aux droits et au numérique, sur la base d’un modèle de financement légèrement différent. 9 communes bénéficient de cette prestation.