Perspectives : trois enjeux majeurs pour les familles
Lors de l’Assemblée générale de l’Unaf à Dijon le 14 juin 2025, trois tables-rondes réunissant porte-paroles de l’Unaf et personnalités étaient consacrées aux défis auxquels sont confrontées les familles. Désir d’enfant contrarié, fragilisation économique des familles, rôle central, mais insuffisamment reconnu des aidants familiaux… État des lieux des grands sujets de mobilisation et des perspectives d’actions pour notre réseau.
Parentalité : comprendre et accompagner le désir d’enfant
Jacques Buisson, président du département Protection sociale et Santé de l’Unaf, a alerté sur la situation démographique française. En dix ans, notre pays est passé de 2 enfants par femme à moins de 1,6 aujourd’hui, soit plus de 100 000 naissances de moins.
Face à ce constat alarmant, l’Unaf a interrogé directement les familles1. Les résultats sont sans ambiguïté : le désir d’enfant demeure très fort. Les couples en âge de procréer souhaitent en moyenne 2,27 enfants. L’écart entre ce désir et la réalité constitue un double problème : il prive les familles de réaliser leur projet parental et accentue le vieillissement démographique, avec des conséquences majeures sur le financement de notre modèle social.
La baisse de la natalité trouve ses origines principalement dans des causes matérielles. Avoir des enfants est devenu plus compliqué qu’il y a dix ou quinze ans. Les familles citent quatre leviers essentiels :
- des congés familiaux bien rémunérés (65 %),
- des aides financières suffisantes (65 %),
- des services d’accueil des jeunes enfants accessibles et de qualité (63 %),
- et des conditions de travail adaptées (62 %).
Or, ces quatre dimensions ont toutes été dégradées au cours de la dernière décennie.
Au-delà des aspects matériels, deux tiers des parents se sentent parfois dépassés par leurs responsabilités éducatives, notamment concernant la gestion des écrans. Près de la moitié seraient ouverts à un accompagnement extérieur : le soutien à la parentalité est à la fois un besoin et une demande explicite.
Ce que l’Unaf défend
Une attente forte : le renouvellement de la stratégie nationale de soutien à la parentalité et un soutien pérenne de la branche Famille aux associations.
Le label « P@rents parlons numérique » doit être porté plus fortement.
Le « parcours séparation » doit être enrichi, notamment en y incluant un accompagnement budgétaire.
La récente convention cadre Unaf/Cnaf doit permettre un partenariat renforcé pour apporter notre expertise dans les territoires.
Difficultés économiques : un système social et fiscal qui ne protège plus assez les familles
Morgane Lenain, présidente du département Économie, consommation et emploi de l’Unaf, a dressé un constat préoccupant.
Selon les budgets types de l’Unaf, une famille avec deux enfants devrait pouvoir dépenser 3 700 euros par mois en 2025 pour vivre décemment. Ce n’est évidemment pas le cas d’un grand nombre de familles.
Du côté des recettes, seul un jeune sur trois dispose d’un CDI six ans après la fin de ses études. La précarisation du travail et les perspectives d’évolution limitées font de l’arrivée d’un enfant un risque financier. Un tiers des Français jugent difficile de se libérer une heure ou deux de leur travail pour un événement familial : la France arrive au deuxième rang européen pour ces difficultés de conciliation.
Du côté des dépenses, le logement représente désormais 26 % du budget familial contre 20 % il y a quarante ans. La moitié des 18-29 ans sont inquiets quant à leur capacité à se loger. Résultat : 35 % des parents ne peuvent pas faire face à une dépense imprévue, contre 23 % dans la population générale.
Depuis quinze ans, le système socio fiscal tient de moins en moins compte de la charge d’enfants. Entre 2008 et 2018, les réformes successives ont nettement défavorisé les familles avec enfants, notamment les familles nombreuses.
Le Conseil des prélèvements obligatoires a recommandé en
2024 de rehausser les parts enfants dans le quotient familial, la Cour des comptes estime qu’on a trop retiré aux familles avec enfant… Pourtant, cette question n’émerge toujours pas dans le débat public. Des hausses de la TVA ou de la CSG sont évoquées sans protection spécifique pour les familles. Il est urgent que la prise en compte de la charge d’enfants devienne un réflexe dans toutes les politiques
publiques.
Ce que l’Unaf défend
L’Unaf continuera à agir sur le logement et sera attentive à la réforme du financement des Points Conseil Budget, essentiels pour intervenir dès les premiers signaux de difficultés.
Le réseau des Udaf, premier porteur des PCB, restera vigilant sur l’inclusion bancaire et les assurances qui peuvent gréver les budgets familiaux.
Perte d’autonomie : reconnaître et soutenir le rôle des aidants familiaux
Marie-Josée Balducchi, présidente du département Habitat, cadre de vie et transition écologique
de l’Unaf, a exposé les défis que pose la perte d’autonomie aux familles, en première ligne juridiquement et concrètement.
Les familles sont concernées par l’obligation alimentaire, mais aussi bien au-delà. La très grande majorité des aidants sont des aidants familiaux : 92 % selon l’AGIRC-ARRCO, dont 38 % de conjoints et 44 % d’enfants. Concrètement, les aidants cumulent les responsabilités : soins, coordination des professionnels, démarches administratives, et contribution financière au reste à charge.
L’Unaf est défavorable à la suppression de l’obligation alimentaire et œuvre pour une meilleure articulation entre solidarité familiale et solidarité publique. La solidarité familiale ne devrait pas avoir pour conséquence la perte d’un emploi ou de la santé pour un aidant. L’Unaf continuera à se mobiliser pour obtenir des mesures concrètes en faveur des neuf millions d’aidants de notre pays.
Ce que l’Unaf défend
Quatre priorités pour les aidants :
Enfin, la simplification administrative est urgente : dispositifs méconnus, les interlocuteurs trop nombreux et les procédures trop
longues. Notre réseau contribue à améliorer
les situations grâce à ses médiateurs et mandataires,
qu’il faudrait davantage mobiliser.
- Promouvoir une meilleure reconnaissance des aidants familiaux grâce à une définition unique et harmonisée. Il faut aussi faciliter la conciliation entre vie familiale et professionnelle pour que les aidants conservent leurs emplois.
- Augmenter le recours au Congé proche aidant. Fin 2023, on ne comptait que
13 000 bénéficiaires. La durée de ce congé, trois mois, est trop faible. Il est également impératif d’améliorer les droits à la retraite des mères d’enfants en situation de handicap. - Développer des solutions de répit, car les aidants sont souvent épuisés. Ce répit peut prendre la forme de relayage à domicile ou d’accueil temporaire.
- Enfin, la simplification administrative est urgente : dispositifs méconnus, les interlocuteurs trop nombreux et les procédures trop longues. Notre réseau contribue à améliorer les situations grâce à ses médiateurs et mandataires,
qu’il faudrait davantage mobiliser.
- Lire : www.unaf.fr/ressources/ideal-personnel-moyen-du-nombre-enfants-en-france